EXISTENCE
Plan du cours :
II/ L'EXISTENCE A-T-ELLE UN SENS?
Le mythe de Sisyphe

Sisyphe faisant rouler son rocher.
" Et je vis Sisyphe qui souffrait de grandes douleurs
et poussait un énorme rocher avec ses deux mains. Et il s’efforçait,
poussant ce rocher des mains et des pieds jusqu’au sommet d’une
montagne. Et quand il était près d’en atteindre le faîte, alors la masse
l’entraînait, et l’immense rocher roulait jusqu’au bas. Et il
recommençait de nouveau, et la sueur coulait de ses membres, et la
poussière s’élevait au-dessus de sa tête. "
Ainsi Homère décrit-il le supplice de Sisyphe, condamné à faire
rouler une énorme pierre jusqu’en haut d’une montagne, et encore et
toujours, indéfiniment.
Ce supplice éveille des échos dans notre monde moderne : il semble
que nous tous soyons condamnés à accomplir des tâches et à les
reproduire indéfiniment, pour le seul besoin d’accomplir ces tâches.
Interprétation du mythe par Camus
Tout au bout de ce long effort mesuré par l’espace sans ciel et le
temps sans profondeur, le but est atteint. Sisyphe regarde alors la
pierre dévaler en quelques instants vers ce monde inférieur d’où il
faudra la remonter vers les sommets. Il redescend dans la plaine.
C’est pendant ce retour, cette pause, que Sisyphe m’intéresse. Un
visage qui peine si près des pierres est déjà pierre lui-même. Je vois
cet homme redescendre d’un pas lourd mais égal vers le tourment dont il
ne connaîtra pas la fin. Cette heure qui est comme une respiration et
qui revient aussi sûrement que son malheur, cette heure est celle de la
conscience. A chacun de ces instants, où il quitte les sommets et
s’enfonce peu à peu vers les tanières des dieux, il est supérieur à son
destin. Il est plus fort que son rocher.
Si ce mythe est tragique, c’est que son héros est conscient. Où
serait en effet sa peine, si à chaque pas l’espoir de réussir le
soutenait ? L’ouvrier d’aujourd’hui travaille, tous les jours de sa vie,
aux mêmes tâches et ce destin n’est pas moins absurde. Mais il n’est
tragique qu’aux rares moments où il devient conscient. Sisyphe,
prolétaire des dieux, impuissant et révolté, connaît toute l’étendue de
sa misérable condition : c’est à elle qu’il pense pendant sa descente.
La clairvoyance qui devait faire son tourment consomme du même coup sa
victoire. Il n’est pas de destin qui ne se surmonte par le mépris.
Si la descente ainsi se fait certains jours dans la douleur, elle
peut se faire aussi dans la joie. Ce mot n’est pas de trop. J’imagine
encore Sisyphe revenant vers son rocher, et la douleur était au début.
Quand les images de la terre tiennent trop fort au souvenir, quand
l’appel du bonheur se fait trop pressant, il arrive que la tristesse se
lève au cœur de l’homme : c’est la victoire du rocher, c’est le rocher
lui-même. Ce sont nos nuits de Gethsémani. Mais les vérités écrasantes
périssent d’être reconnues. Ainsi, Œdipe obéit d’abord au destin sans le
savoir. A partir du moment où il sait, sa tragédie commence. Mais dans
le même instant, aveugle et désespéré, il reconnaît que le seul lien qui
le rattache au monde, c’est la main fraîche d’une jeune fille. Une
parole démesurée retentit alors : « Malgré tant d’épreuves, mon âge
avancé et la grandeur de mon âme me font juger que tout est bien.
« L’Œdipe de Sophocle, comme le Kirilov de Dostoïevsky, donne ainsi la
formule de la victoire absurde. La sagesse antique rejoint l’héroïsme
moderne.
On ne découvre pas l’absurde sans être tenté d’écrire quelque manuel
du bonheur. « Eh ! quoi, par des voies si étroites… ? » Mais il n’y a
qu’un monde. Le bonheur et l’absurde sont deux fils de la même terre.
Ils sont inséparables. L’erreur serait de dire que le bonheur naît
forcément de la découverte absurde. Il arrive aussi bien que le
sentiment de l’absurde naisse du bonheur. « Je juge que tout est bien »,
dit Œdipe, et cette parole est sacrée. Elle retentit dans l’univers
farouche et limité de l’homme. Elle enseigne que tout n’est pas, n’a pas
été épuisé. Elle chasse de ce monde un dieu qui y était entré avec
l’insatisfaction et le goût des douleurs inutiles. Elle fait du destin
une affaire d’homme, qui doit être réglée entre les hommes.
Toute la joie silencieuse de Sisyphe est là. Son destin lui
appartient. Son rocher est sa chose. De même, l’homme absurde, quand il
contemple son tourment, fait taire toutes les idoles. Dans l’univers
soudain rendu à son silence, les mille petites voix émerveillées de la
terre s’élèvent. Appels inconscients et secrets, invitations de tous les
visages, ils sont l’envers nécessaire et le prix de la victoire. Il n’y
a pas de soleil sans ombre, et il faut connaître la nuit.
L’homme absurde dit oui et son effort n’aura plus de cesse. S’il y a
un destin personnel, il n’y a point de destinée supérieure ou du moins
il n’en est qu’une dont il juge qu’elle est fatale et méprisable. Pour
le reste, il se sait le maître de ses jours. A cet instant subtil où
l’homme se retourne sur sa vie, Sisyphe, revenant vers son rocher,
contemple cette suite d’actions sans lien qui devient son destin, créé
par lui, uni sous le regard de sa mémoire et bientôt scellé par sa mort.
Ainsi, persuadé de l’origine tout humaine de tout ce qui est humain,
aveugle qui désire voir et qui sait que la nuit n’a pas de fin, il est
toujours en marche. Le rocher roule encore.
Je laisse Sisyphe au bas de la montagne ! On retrouve toujours son
fardeau. Mais Sisyphe enseigne la fidélité supérieure qui nie les dieux
et soulève les rochers. Lui aussi juge que tout est bien. Cet univers
désormais sans maître ne lui paraît ni stérile ni fertile. Chacun des
grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de
nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets
suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux.
Albert Camus
Extrait de Le Mythe de Sisyphe (1942)
Suicide et Philosophie :
Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment
sérieux : c’est le suicide
Selon Camus,
le suicide est un signe de manque de force face au “rien”. Car même si la vie
est une aventure sans signification absolue, elle toujours vaut la peine. Comme
il n’y a rien d’autre que la vie elle-même, la vie devrait être vécue à son
maximum afin de comprendre la signification de l’existence. Pour Camus,
c’est aux hommes eux-mêmes de donner sens à la vie.
Dans un
monde soudainement dépourvu de l’illusion et de lumière, l’homme se sent comme
un étranger. L’homme est isolé de toute logique, sans explication de
l’existence, ce qui provoque chez lui une “angoisse existentielle” (Camus
n’a jamais utilisé cette expression existentialiste, nous interprétons).
Comment
peut-on exister sans utilité ou signification? Comment peut-on créer du sens?
Le Mythe de Sisyphe répond cette question en utilisant le célèbre mythe.
Considérant le sort de Sisyphe, condamné à pousser une pierre au sommet d’une
montagne, laquelle retombe à chaque fois. Camus affirme qu’il est facile
de déclarer son existence absurde et sans espoir. Il serait facile de croire
Sisyphe pourrait préférer la mort. Or, Camus tente une autre analyse de
ce mythe.
La solution
de Camus consiste à Vivre l’absurde, ce qui signifie une absence totale
d’espoir (qui n’est pas le même que le désespoir), une réflexion permanente (ce
qui n’est pas le même que le renoncement), et une insatisfaction consciente (ce
qui n’est pas le même chose que l’anxiété juvénile).
Le héros absurde
Pour Camus,
Sisyphe est le héros ultime de l’absurde. Il a été condamné pour avoir défié
les dieux et combattu la mort. Les dieux ont pensé qu’ils avaient trouvé une
forme parfaite de torture pour Sisyphe, qui attendrait l’impossible, que la
pierre reste au sommet de la montagne. Les dieux pensaient générer une
frustration permanente, fondé sur l’espoir sans cesse renouvelé de Sisyphe.
Pourtant,
défiant à nouveau les dieux, Sisyphe est sans espoir. Il abandonne toute
illusion de réussite. C’est à ce moment de désillusion que Camus
considère Sisyphe comme un héros. Sisyphe commence à voir sa capacité à
continuer, encore et encore, à supporter le châtiment, comme une forme de
victoire.
La lutte
elle-même vers les sommets suffit à remplir le cœur d’un homme. Nous devons
imaginer Sisyphe heureux, heureux d’accomplir son devoir d’homme, celle de
continuer à vivre malgré l’absence de sens du monde.
Citations extraites du Mythe de Sisyphe :
- “Il n’y a
qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide. Juger
que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d’être vécue, c’est répondre à la
question fondamentale de la philosophie”
-
“L’absurde, c’est la raison lucide qui constate ses limites”
- “A partir
du moment où elle est reconnue, l’absurdité est une passion, la plus déchirante
de toutes”
- “Ce monde
en lui même n’est pas raisonnable, c’est tout ce qu’on peut en dire. Mais ce
qui est absurde, c’est la confrontation de cet irrationnel et de ce désir
éperdu de clarté dont l’appel résonne au plus profond de l’homme”
- “Les
grandes révolutions sont toujours métaphysiques”
(Source : http://la-philosophie.com/camus-mythe-sisyphe)
Ecrivez votre liste des désirs, rêves, activités que vous avez remis au lendemain en pensant que vous aviez le temps.
Imaginez qu'il vous reste quelques semaines à vivre.....
Synopsis du film :
A l'époque où il enseignait la philosophie, Carter Chambers invitait chaque année ses étudiants à dresser ce qu'il appelait une "bucket list"
- la liste de tout ce que ces jeunes rêvaient de faire, de voir ou de
tenter avant de "passer l'arme à gauche". Oubliant d'appliquer ce sage
principe à lui-même, Carter laissa passer le temps, se sent piéger par
une multitude de contraintes et d'obligations familiales et dut se
contenter pendant quatre décennies d'un obscur emploi de mécanicien.
Aujourd'hui, sa "bucket list" n'est plus qu'un dérisoire exercice
mental, une recension d'occasions manquées et de regrets voilés.
Pendant ce temps, le multimillionnaire Edward Cole bâtissait un empire
et consacrait toute son énergie à amasser encore plus d'argent, sans
même s'accorder le temps de savourer ses acquis.
Un jour, Cole et
Carter se retrouvent dans la même chambre d'hôpital, avec tout le temps
nécessaire pour dresser le bilan de leurs vies si dissemblables. Ils
découvrent alors qu'ils ont au moins deux choses en commun : un
formidable appétit de vivre, et le ferme désir de réaliser d'urgence
tous leurs rêves inaccomplis. Les deux hommes embarquent alors pour la
plus belle des virées. Un voyage de l'amitié, émaillé d'aventures,
d'éclats de rire, de découvertes...
OUVERTURE: TRAVAUX DES TL SUR L'EXISTENCE EN RELATION AVEC LE TEMPS A PARTIR DE DOSSIERS DE PHILOSOPHIE MAGAZINE
- De la difficulté d'être soi :
- Humeur noire :
- Mourir un autre jour
- Crises existentielles:
TEMPS
III/ TEMPS ET MESURE DU TEMPS
Travaux élèves TL
- Un impossible voyage dans le temps?
- Sentiments et émotions, par Sarah Green
